Chantage énergétique : Comment les Émirats font pression sur l'Espagne après son rapprochement avec l'Algérie
Economie

Chantage énergétique : Comment les Émirats font pression sur l'Espagne après son rapprochement avec l'Algérie

Ramdane Bourahla 2 min

Les investissements émiratis en Europe servent-ils d'outils de pression politique ? C'est la question qui secoue le secteur énergétique espagnol. Alors que Madrid et Alger amorcent un rapprochement stratégique décisif, les Émirats arabes unis semblent multiplier les retraits ciblés et les manœuvres financières. Entre le désengagement surprise du géant Masdar d'un projet d'hydrogène vert de

Les investissements émiratis en Europe servent-ils d'outils de pression politique ? C'est la question qui secoue le secteur énergétique espagnol.

Alors que Madrid et Alger amorcent un rapprochement stratégique décisif, les Émirats arabes unis semblent multiplier les retraits ciblés et les manœuvres financières. Entre le désengagement surprise du géant Masdar d'un projet d'hydrogène vert de 3 milliards d'euros et l'offensive avortée de Taqa sur Naturgy, tour d'horizon d'un bras de fer où le gaz algérien demeure la ligne rouge.

Un retrait éclair qui pose question : Le dossier « Onuba »

Le retrait financier s'est opéré en un temps record. À peine 78 jours après avoir officialisé sa participation dans le projet Onuba (le « Vallon de l'hydrogène vert en Andalousie »), la firme émiratie Masdar a engagé des négociations pour céder ses 29 % de parts.

Ce projet industriel majeur vise la production de 45 000 tonnes d'hydrogène vert par an dès sa première phase et bénéficie de 303,75 millions d'euros d'aides publiques européennes.

La manœuvre émiratie : Se désengager du capital et des risques industriels tout en imposant un contrat de fourniture d'électricité à long terme via Saeta Yield.

La riposte européenne : Pour parer à cette déstabilisation, le fonds français Hy24 et l'organisme espagnol Cofides se sont rapidement positionnés pour reprendre la participation abandonnée, sécurisant ainsi l'indépendance du projet.

L'ombre du rapprochement Alger-Madrid et le verrou Naturgy

Cette nervosité d'Abou Dhabi ne survient pas dans un vide géopolitique. Elle coïncide avec le réchauffement diplomatique et commercial récents entre l'Espagne et l'Algérie, un axe que les Émirats observent avec une méfiance grandissante.

La véritable fracture s'est jouée autour du géant gazier espagnol Naturgy. La tentative du groupe émirati Taqa de racheter une part stratégique de l'entreprise s'est heurtée à une réalité incontournable : la position de l'Algérie.

Le gaz algérien comme bouclier : Alger, fournisseur clé en gaz naturel de l'Espagne, a fermement fait savoir que la révision des contrats d'approvisionnement serait inévitable si un acteur hostile à ses intérêts prenait le contrôle de Naturgy.

Le recul de Madrid : Soucieux de garantir sa sécurité énergétique, le gouvernement espagnol a refusé de céder aux exigences émiraties, sanctuarisant la souveraineté de ses infrastructures.

Vers une réévaluation du capital étranger dans l'énergie européenne

Bien que les diplomates se gardent d'évoquer officiellement une « guerre économique », la corrélation entre le rapprochement algéro-espagnol et la révision des investissements émiratis est au cœur des débats à Madrid.

Face à ce qu'il convient de qualifier de tentative de chantage énergétique, l'Espagne et l'Union européenne renforcent leurs verrous. En remplaçant les capitaux émiratis volatils par des fonds de soutien souverains et européens, Madrid démontre que la sécurité des approvisionnements et l'alliance stratégique avec l'Algérie priment sur les spéculations financières extérieures.

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