
Algérie-Italie : L’investisseur énergétique Eni entre au capital du méga-projet agricole de Timimoun
L’alliance stratégique entre Alger et Rome franchit un nouveau cap. Le géant italien des hydrocarbures, Eni, a discrètement fait son entrée dans le capital de l'ambitieux projet agricole de Timimoun, dans le Sahara algérien. À travers une transaction financière d’un montant de près de 50 millions d’euros, la compagnie énergétique renforce sa présence en Algérie,
L’alliance stratégique entre Alger et Rome franchit un nouveau cap. Le géant italien des hydrocarbures, Eni, a discrètement fait son entrée dans le capital de l'ambitieux projet agricole de Timimoun, dans le Sahara algérien.
À travers une transaction financière d’un montant de près de 50 millions d’euros, la compagnie énergétique renforce sa présence en Algérie, à la jonction exacte entre souveraineté alimentaire, partenariat énergétique et investissement industriel.
Une transaction de 50 millions d'euros pour intégrer le projet de Timimoun
Selon les documents financiers de BF SpA, la Eni Natural Energies a acquis, le 6 février 2025, plus de 7 millions d'actions de BF International Best Fields Best Food Limited pour la somme exacte de 49 999 993,95 euros.
Cette prise de participation stratégique permet à Eni de prendre pied indirectement dans le capital de BF Al Djazair, la coentreprise créée pour piloter le projet agro-industriel du Sud algérien. La structure de propriété de la société d'exploitation se détaille comme suit :
BF International (Italie) : 51 % des parts (désormais adossée au capital d'Eni).
Fonds National d'Investissement (FNI – Algérie) : 49 % des parts.
À retenir : L'accord d'actionnaires garantit au FNI algérien un droit de veto et un pouvoir décisionnel sur l'ensemble des choix stratégiques, du budget annuel au plan d'investissement industriel. L'arrivée d'Eni ne modifie en rien le poids de l'État algérien dans la gouvernance de l'entreprise.
Un méga-projet de 420 millions d'euros dédié à la sécurité alimentaire
Officialisé en juillet 2024 pour un coût global de 420 millions d'euros, cet investissement est l'un des plus importants jamais réalisés dans l'agriculture saharienne au Maghreb. Il vise à transformer 36 000 hectares de terres arides en un pôle agro-industriel intégré.
Le plan de développement repose sur des objectifs chiffrés très précis :
Indicateur cléValeur / ObjectifSuperficie totale accordée36 000 hectares (360 km²)Surface dédiée aux cultures35 450 hectares (98,5 % du projet)Infrastructures et usines550 hectares (1,5 % du projet)Emplois directs et indirects visés6 700 postes (dont 1 600 emplois permanents)Cultures cibléesBlé, lentilles, pois chiches, haricots, sojaInfrastructures prévuesSilos de stockage, complexe logistique, usine de pâtes
L'objectif majeur consiste à développer la production locale de céréales pour réduire la dépendance de l'Algérie aux marchés extérieurs, alors que les importations nationales de blé dépassent les 9 millions de tonnes par an.
Montée en puissance des cultures dès la campagne 2026
Le projet accélère son déploiement sur le terrain. À l'occasion de ses échanges avec les autorités algériennes, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a confirmé une extension rapide des surfaces exploitées à Timimoun.
Surface cultivée initiale : 7 000 hectares.
Cible de la campagne 2026 : 13 000 hectares (soit une hausse de +85,7 %).
Taux de réalisation de l'objectif global : Environ 36,1 % de la surface totale exploitée d'ici la fin d'année.
En parallèle, ce partenariat inclut un volet de transfert de compétences avec la création d'un centre de formation aux métiers de l'agriculture à Sidi Bel Abbès, destiné à former les cadres et techniciens locaux.
D'un partenariat gazier à une synergie agro-énergétique
Présent en Algérie depuis 1981, le groupe Eni multiplie les investissements majeurs avec la compagnie nationale Sonatrach (plus de 8 milliards de dollars engagés dans le gaz d'ici 2028 et la hausse de ses parts dans le gisement de Touat). L'extension de ses activités vers le secteur agro-industriel s'inscrit dans sa stratégie de diversification globale.
Bien que la présence d'Eni suscite des interrogations sur de futurs projets de biocarburants, les documents officiels confirment que les terres de Timimoun restent exclusivement dédiées aux cultures alimentaires et à la transformation agroalimentaire.
Ce croisement de compétences entre le FNI, le spécialiste agricole BF et le géant énergétique Eni illustre la volonté stratégique de l'Algérie de bâtir une économie saharienne résiliente, créatrice d'emplois et garante de son indépendance alimentaire.



