
Phosphate : l’Algérie et l’Italie préparent un projet XXL qui pourrait tout changer
Le projet algérien de phosphate intégré s’impose progressivement comme l’un des grands chantiers industriels destinés à transformer les ressources minières du pays en produits à plus forte valeur ajoutée. Sa dimension dépasse désormais le seul secteur minier : pour Rome, l’implication du groupe italien Saipem illustre aussi une nouvelle étape dans les relations économiques avec
Le projet algérien de phosphate intégré s’impose progressivement comme l’un des grands chantiers industriels destinés à transformer les ressources minières du pays en produits à plus forte valeur ajoutée.
Sa dimension dépasse désormais le seul secteur minier : pour Rome, l’implication du groupe italien Saipem illustre aussi une nouvelle étape dans les relations économiques avec Alger, davantage tournée vers l’industrie, la chimie et la sécurité alimentaire.
De la mine à la production d’engrais
En effet, dans une déclaration à Agenzia Nova, l’ambassadrice d’Italie en Algérie, Alessandra Schiavo, a estimé que le projet s’inscrivait pleinement dans la logique du Plan Mattei pour l’Afrique, notamment à travers la création de capacités de production locales, le développement des compétences et le transfert de savoir-faire.
L’originalité du projet réside dans son caractère intégré. L’objectif n’est pas simplement d’extraire le phosphate pour l’exporter, mais de couvrir plusieurs étapes de la chaîne industrielle, depuis l’exploitation du minerai jusqu’à sa transformation chimique.
Le dispositif s’articule notamment autour du site minier de Bled El Hadba, à Tébessa, où le phosphate sera extrait et enrichi, et du complexe industriel de Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras, destiné à assurer sa transformation en engrais et en produits chimiques intermédiaires.
À terme, les installations doivent permettre de traiter environ 10 millions de tonnes de phosphate brut par an, pour produire près de 6 millions de tonnes de phosphate enrichi. Le complexe chimique d’Oued Kebrit doit, de son côté, atteindre une capacité d’environ 4 millions de tonnes d’engrais par an, auxquels s’ajouteront notamment l’acide phosphorique, l’acide sulfurique et l’ammoniac.
Saipem, un nouveau terrain de coopération avec Alger
Pour Saipem, le projet marque également une évolution de sa présence en Algérie. Le groupe italien, historiquement très présent dans les hydrocarbures, élargit ainsi son champ d’intervention aux activités minières et à l’industrie des engrais.
L’entreprise participe à la réalisation des infrastructures nécessaires à l’exploitation du phosphate à Bled El Hadba ainsi qu’aux installations industrielles d’Oued Kebrit. Son implication comprend également des infrastructures liées au transport et à l’exportation des produits.
Cette évolution est particulièrement mise en avant par l’ambassadrice italienne. Selon Alessandra Schiavo, le projet constitue une extension significative de la coopération entre Saipem et l’Algérie « au-delà du secteur des hydrocarbures ».
Saipem avait déjà obtenu de Sonatrach un contrat d’ingénierie préliminaire pour le projet intégré, portant notamment sur les infrastructures minières, les unités de traitement, l’adaptation du port d’Annaba et certaines liaisons ferroviaires.
Le pari de la valeur ajoutée locale
Derrière les capacités de production annoncées, l’enjeu économique est surtout celui de la transformation. L’Algérie cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux exportations de matières premières non transformées.
Le phosphate constitue, dans cette stratégie, un cas emblématique : au lieu de commercialiser essentiellement le minerai, le pays ambitionne de développer autour de cette ressource une véritable filière industrielle associant extraction, enrichissement, chimie et production d’engrais.
Cette approche pourrait également favoriser l’émergence d’un réseau de sous-traitants, la formation de techniciens et d’ingénieurs ainsi que l’intégration d’entreprises algériennes dans les différentes phases du projet.
C’est précisément cet aspect que Rome associe à la philosophie du Plan Mattei, dont l’un des axes consiste à privilégier les investissements productifs et le développement de capacités locales plutôt qu’une relation limitée à l’échange de matières premières contre des équipements ou des technologies.
Un enjeu qui dépasse les mines
Pour l’Italie, l’intérêt du projet ne se limite donc pas à la production industrielle. La fabrication locale d’engrais est également liée à une question stratégique : la sécurité alimentaire.
Dans son analyse rapportée par Agenzia Nova, Alessandra Schiavo estime que le développement d’une industrie nationale des fertilisants peut réduire l’exposition de l’Algérie aux fluctuations des marchés internationaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
L’enjeu est particulièrement important pour l’agriculture. En développant sa production d’engrais, l’Algérie peut sécuriser une partie de ses approvisionnements, soutenir les producteurs agricoles et, à terme, dégager des volumes supplémentaires pour l’exportation. Le phosphate devient ainsi le point de départ d’une chaîne beaucoup plus large reliant mines, industrie chimique, agriculture et commerce extérieur.
Un corridor industriel jusqu’à Annaba
La réussite du projet dépend également de ses infrastructures logistiques. Le phosphate extrait dans l’Est algérien devra être acheminé vers les unités de transformation avant que les produits finis ne rejoignent les marchés nationaux et internationaux.
Le projet s’appuie notamment sur la ligne ferroviaire minière Est, longue d’environ 422 kilomètres, reliant Annaba à Souk Ahras, Tébessa et Bled El Hadba. Cette infrastructure doit assurer la circulation du minerai et des produits transformés entre les différents pôles de la chaîne.
Le port d’Annaba constitue, quant à lui, l’un des débouchés essentiels vers les marchés extérieurs. Son adaptation fait partie des infrastructures prévues dans le dispositif industriel.
Une échéance fixée à 2027
Le calendrier constitue désormais l’un des principaux défis du projet. Les autorités prévoient une entrée en production à partir de 2027, avec une montée en puissance progressive des différentes unités. Le gouvernement suit parallèlement l’avancement des travaux miniers, industriels et logistiques.
Pour Alger, le véritable test sera alors de transformer les capacités théoriques annoncées en production effective, tout en maximisant l’intégration des entreprises et des compétences nationales. Pour Rome, l’enjeu est différent mais complémentaire : faire de cette coopération un exemple de partenariat industriel capable de prolonger la relation algéro-italienne au-delà du traditionnel axe gazier.
K.B



