
Tchad : Graves dérives et tensions au sommet après l’agression des enquêteurs anti-corruption par l’ANSE
Un scandale d’État secoue N’Djamena. Alors qu’elle menait une mission de contrôle financier au sein de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) a été la cible d’une intervention armée brutale de l’Agence Nationale de Sécurité de l’État (ANSE). Arrestations arbitraires, séquestrations et intimidations : retour sur
Un scandale d’État secoue N’Djamena. Alors qu’elle menait une mission de contrôle financier au sein de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) a été la cible d’une intervention armée brutale de l’Agence Nationale de Sécurité de l’État (ANSE).
Arrestations arbitraires, séquestrations et intimidations : retour sur les événements qui mettent à mal la gouvernance tchadienne.
Un contrôle financier sensible à la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT)
Tout a commencé début juillet 2026. Mandatée par l’ordre de mission N° 027/PR/AILC/CAB/2026, une équipe de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) s’est rendue dans les locaux de la SHT pour auditer la gestion financière, matérielle et humaine de l’entreprise sur la période 2024-2026.
L’enjeu de cette mission : vérifier l’exhaustivité et la régularité des recettes pétrolières, notamment à travers l’examen des factures de vente de pétrole brut adressées au géant du négoce Glencore. Face au refus persistant de la direction de la SHT de transmettre ces pièces cruciales, l’AILC a dû faire valoir le cadre légal (notamment les décrets de 2024 régissant ses prérogatives) pour obtenir gain de cause et faire imprimer les documents sous décharge.
Arrestation et traitements dégradants : l’irruption brutale de l’ANSE
C’est au moment où la procédure légale d’accès aux documents venait d’aboutir que la situation a basculé dans l’illégalité. Le Directeur Général de l’Agence Nationale de Sécurité de l’État (ANSE), accompagné d’agents cagoulés et lourdement armés, a fait irruption dans les locaux de la SHT.
Les hauts responsables de l’AILC présents sur place — dont la Contrôleur Générale Adjointe et le Directeur Général des investigations et du contentieux — ainsi que l’ensemble de leur équipe ont subi de graves violations de leurs droits :
Arrestation musclée : Les contrôleurs et assistants ont été menottés, encagoulés et violentés.
Séquestration : Transportés dans un minibus, ils ont été retenus plusieurs heures dans les locaux de l’ANSE.
Saisie de matériel : Leurs téléphones et ordinateurs portables ont été confisqués et fouillés sans fondement juridique.
Tentative d’intrusion : Un second commando de l’ANSE s’est parallèlement rendu au siège même de l’AILC pour tenter de forcer l’accès au bureau du Contrôleur Général.
Violation de la loi et atteinte à l’indépendance des institutions
Dans un communiqué officiel (N°003/AILC/2026) signé par sa chargée de communication Fatime Hachim, l’AILC dénonce avec la plus grande fermeté des agissements criminels et une atteinte grave à l’indépendance accordée aux institutions de contrôle.
L’instance rappelle que ses agents bénéficient d’une immunité protectrice dans l’exercice de leurs fonctions (articles 4, 5 et 10 de l’Ordonnance n° 07/PT/2023 et article 51 du Décret 1816/PR/2024), interdisant toute poursuite ou arrestation à leur encontre. De plus, le Contrôleur Général et son Adjoint possèdent le rang de membres du Gouvernement.
Cette entrave spectaculaire viole également la loi n° 18/PR/2016 sur la transparence des finances publiques, qui impose la clarté et le débat public autour des recettes nationales.
L’AILC saisit la Présidence de la République
Face à ce qu’elle qualifie de « climat de terreur et d’intimidation », l’AILC refuse de céder. L’institution a réaffirmé sa volonté de mener à terme son enquête sur la SHT afin de faire toute la lumière sur la gestion des ressources pétrolières du Tchad.
Sur le plan disciplinaire et judiciaire, l’AILC a officiellement référé l’affaire à la plus haute autorité de l’État, le Président de la République. Elle exige des sanctions pénales, administratives et disciplinaires exemplaires contre le Directeur Général de l’ANSE et les agents impliqués dans cette opération coup de poing.



