
Algérie-États-Unis : comment le secteur minier redessine la diplomatie économique et énergétique
L’Algérie s’impose en 2026 comme un acteur incontournable de la nouvelle cartographie minière mondiale, portée par une stratégie ambitieuse de diversification et par l'intérêt grandissant de Washington pour ses ressources critiques. Dans un contexte international marqué par la sécurisation des chaînes d'approvisionnement en minerais stratégiques, Alger et Washington multiplient les rapprochements diplomatiques et économiques. Un
L’Algérie s’impose en 2026 comme un acteur incontournable de la nouvelle cartographie minière mondiale, portée par une stratégie ambitieuse de diversification et par l'intérêt grandissant de Washington pour ses ressources critiques.
Dans un contexte international marqué par la sécurisation des chaînes d'approvisionnement en minerais stratégiques, Alger et Washington multiplient les rapprochements diplomatiques et économiques.
Un nouveau cadre juridique taillé pour les investisseurs étrangers
Le réchauffement des discussions entre l'Algérie et les USA s'appuie d'abord sur une rupture réglementaire majeure. L'adoption de la loi n° 25-12 du 3 août 2025 relative aux activités minières a définitivement tourné la page de la règle du « 49/51 », qui limitait jusqu'alors les participations étrangères dans les secteurs stratégiques.
Désormais, les investisseurs internationaux peuvent détenir jusqu'à 80 % du capital d'un projet minier, assorti d'un permis unique de trente ans couvrant l'exploration et l'exploitation. Cette libéralisation a ouvert la voie à un dialogue intensif entre Alger et la diplomatie américaine, désireuse de diversifier ses sources d'approvisionnement hors de ses sphères de dépendance habituelles.
Gara Djebilet et les phosphates : la concrétisation des méga-projets
Cette ouverture coïncide avec l'entrée en phase opérationnelle des grands chantiers miniers algériens. Le gisement de fer de Gara Djebilet, à Tindouf — dont les réserves frôlent les 3,5 milliards de tonnes —, a connu une étape décisive en février 2026 avec l'acheminement des premières cargaisons par voie ferroviaire vers Béchar. Les projections industrielles prévoient une montée en puissance des unités de traitement, tablant sur une progression de 1 million de tonnes en 2026 à 8 millions de tonnes d'ici 2030, soutenues par les infrastructures de transport et d'énergie associées.
Parallèlement, la filière des phosphates dans l’est du pays (Tébessa, Souk Ahras, Annaba) se structure à travers le projet de Bled El Hadba. Fort de réserves exploitables estimées à 840 millions de tonnes, ce complexe s'associe déjà à des expertises internationales, telles que l'italien Saipem et le chinois CHEC. À ces chantiers s'ajoute le projet de zinc-plomb de Tala Hamza-Oued Amizour à Béjaïa, consolidant le tryptique minier suivi de près par l'exécutif algérien.
Washington à la conquête des minerais critiques algériens
Du côté des États-Unis, la course aux minerais critiques s'est accélérée. L'élargissement de la liste officielle américaine à 60 minerais critiques en novembre 2025 — incluant désormais le phosphate — et les décrets pris par la Maison-Blanche en 2026 renforcent la volonté de Washington de prémunir sa défense et ses technologies de pointe contre les ruptures d'approvisionnement.
Les visites diplomatiques se sont multipliées pour sceller ces intérêts convergents. Après une série d'échanges entamée fin 2025, le secrétaire d'État adjoint américain Christopher Landau s'est rendu à Alger en avril 2026, suivi d'une nouvelle réunion bilatérale le 7 juin pour approfondir la coopération dans l'exploration, l'extraction et la transformation industrielle.
Bien qu'aucun contrat chiffré global n'ait encore été officialisé avec des firmes américaines — contrairement aux partenariats déjà noués avec l'Italie et la Chine —, le terrain politique et juridique est désormais balisé.
Un positionnement géostratégique au Maghreb
Cette offensive minière redessine également les équilibres régionaux, notamment face au Maroc, acteur historique et détenteur de près de 70 % des réserves mondiales de phosphate via l'Office chérifien des phosphates (OCP).
En se positionnant comme un fournisseur alternatif crédible, l'Algérie combine son potentiel minier à ses vastes richesses énergétiques traditionnelles et d'avenir, à l'image des estimations de l'USGS publiées en avril 2026 évaluant le potentiel en gaz de schiste du Grand Erg/Ahnet à 80,1 billions de pieds cubes. Entre diplomatie des minerais, investissements industriels et nouveaux partenariats transatlantiques, le secteur minier algérien s'affirme comme un levier géopolitique de premier plan.



